Make Service (look) Great Again

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Aujourd’hui, si un développeur cherche un nouveau job, sa préférence ira le plus souvent sur les startups ou sinon un éditeur. Il est pratiquement admis par tous qu’aller dans le service est la voie de garage pour les “mauvais”.

Je suis dur et pourtant j’y travaille dans le service, et ce, depuis plus d’une décennie. J’ai vu ce sentiment s’aggraver et beaucoup de mes collègues démissionner pour aller en startup ou chez des éditeurs.

Je connais le marché français et j’ai tendance à penser que c’est un problème franco-français, mais je pense que c’est bien plus vaste que ça. Y compris aux USA qui ne se limitent pas (si si) à la Silicon Valley.

Comment en est-on arrivé là ?

Tous ceux qui sont dans le domaine depuis quelque temps savent bien pourquoi. Encore que les mécanismes sont parfois plus profonds et insidieux qu’il n’y paraît.

Peut-être que tout commence par le fait que, pendant longtemps et encore aujourd’hui majoritairement, l’informatique est considérée comme un centre de coût de l’entreprise et non pas comme une richesse ou un cœur de métier.

À partir de là, le but est de produire les développements indispensables à la survie de l’activité, mais en évitant au maximum les dépenses et les engagements. Du coup, on préfère payer de la « prestation » qui correspond bien à la notion de « coût » plutôt que d’embaucher un informaticien puisque ce n’est pas le « cœur de métier ».

Pour répondre à cette demande, on a vu débarquer les mégas sociétés de services, véritables intérims de l’informatique qui vendent des informaticiens par paquet de 10 voir 100. Dans le milieu, on appelle ça les « marchands de viande ».

Vous pouvez imaginer le genre de production de qualité que cela peut générer. Hé bien ! Je vous le confirme, ce qui en sort n’est pas fameux et ne doit pas réconcilier les dirigeants avec l’informatique et ses coûts.

Évidemment, travailler dans « ces » sociétés n’a rien de reluisant et encore, je passe sur une bonne quantité de dérives que cela produit.

À quoi le service devrait-il ressembler ?

Je vous préviens, c’est le moment « théorie », détachez-vous du contexte actuel.

Le service devrait être le métier le plus valorisant dans le développement.

Imaginez-vous : votre client, son DSI, ses développeurs admettent ne pas pouvoir produire un développement dans de bonnes conditions. Ils vous font confiance, à vous, à vos compétences, pour venir les aider.

De votre côté, vous vous enrichissez au fils des missions, des applications, et des contextes toujours différents. Vous êtes les seuls à pouvoir éviter la terreur de beaucoup de développeurs : l’ennui.

Sur un produit, en startup ou pas, vous avez une stack technique et vous allez en bouffer pour les 5 ou 10 ans à venir. La tâche marrante de mettre en place ou changer une techno sera réalisée dans les 6 premiers mois et il ne vous restera plus que de la feature ou des bugs.

C’est même vrai pour ce que beaucoup dans mon entourage considèrent le dream job : travailler pour un GAFA sur la techno du moment. En vrai, le rêve est d’inventer la techno du moment, ensuite, ce sera bugs et évols comme chez n’importe quel éditeur. Je sais, j’ai l’air terriblement négatif, mais allez voir un GitHub d’Angular ou React, imaginez vous en responsable, est-ce vraiment le dream job ?

J’ai même un exemple dans la Silicon Valley. Attention je ne connais pas ces gens, je peux avoir une interprétation limitée. Victor Savkin, travaillait chez Firebase puis a rejoint la core team d’Angular. Le rêve de tout développeur non ? Au bout d’un an ou deux il démissionne pour créer sa propre boîte de… vous avez deviné : service.

Il en faut pour tous les goûts

Même si bien sûr, je fais ici l’apologie du service, cela ne peut pas être la seule voie possible pour les développeurs. Ni même pour les “bons” développeurs.

Certains développeurs sont faits pour travailler chez un éditeur. Personnellement, ce n’est pas mon cas donc je suis obligé d’extrapoler. J’imagine que ce sont des personnes pour qui ce qu’ils produisent prend plus d’importance que comment ils le font. Je le respecte, cela pourrait même m’arriver un jour !

Cela revient à une question existentielle que chacun devrait se poser : quelles sont mes motivations à pratiquer le développement ? Si c’est un outil pour atteindre un objectif, l’édition semble être la cible, si la réponse est la curiosité et l’envie de toujours remettre en cause les pratiques, le service devrait être la destination naturelle.

Cela ouvre un plus grand débat sur les carrières et les évolutions dans le développement. La formation, la rémunération, les perspectives. Mais cet article ne peut pas tout traiter.

Comment s’en sortir ?

Je n’ai pas toutes les réponses et encore moins toutes les solutions (je serais riche sinon ;p) mais il parait étrange d’écrire un tel article sans tenter quelques analyses.

Je ne vais pas emprunter le chemin de la facilité et dire du mal des « marchands de viande ». Je ne les aime pas, c’est sûr, mais je pense qu’ils ne sont qu’une conséquence du problème.

J’hésite sur la question politique. Est-ce normal que ce soit plus facile pour une société de prendre de la prestation par wagon plutôt que d’embaucher ? Mais là encore je pense que si, intrinsèquement le client ne considère pas l’informatique comme une richesse, il fera ce qu’il faut, même si c’est débile, pour ne pas l’avoir en interne.

Idéalement, il faudrait que les clients changent de regard sur l’informatique. C’est en cours, mais bien sûr, ça prend du temps et c’est très variable d’une entreprise à l’autre.

De façon réaliste, je pense qu’il faut savoir dès aujourd’hui distinguer deux types de sociétés de services. Les « marchands de viandes » et les autres, celles qui essayent de prendre la position que le service devrait avoir. On les dit « société de services spécialisée dans l’expertise », « société de conseil », ces noms ont peu de valeur, elles sont pour moi celles qui cherchent à prendre la vraie place de la « société de services » à l’opposé de « la société d’intérim ».

Minute Zenika

J’ai fait bien attention de ne pas « vendre » ma boite jusque-là. Je pense sincèrement que le reste n’est pas lié à Zenika à proprement parler. J’ai quand même envie de parler de quelques points différentiants intéressants de « ma boite ». Si vous ne pouvez pas supporter ce moment de promotion flagrante, passez directement à la conclusion.

Je pense que sans prétention exagérée, Zenika fait partie de la bonne catégorie des sociétés de services. Ce n’est pas la seule, Xebia, Sfeir, Octo en font sûrement également partie même si on apprend à les détester par chauvinisme facile 😉 Mais je parle de celle que je connais bien.

Le package que propose Zenika à ses collaborateurs devrait, sur le papier, être le Graal d’un développeur. La possibilité de faire à la fois : des missions de réalisations, c’est à dire du développement concret sur plusieurs mois, des missions de conseils pour se focaliser sur une problématique précise sur quelques jours et de la formation pour transmettre et apprendre à transmettre les connaissances est, de mon point de vue, la position la plus enrichissante pour un développeur avide de savoir.

Avoir à la fois la possibilité de participer pleinement à un projet de temps en temps pour avoir un lien et mettre en pratique ses idées dans la réalité d’une équipe de développement. Intervenir ponctuellement chez certains clients pour se confronter à des problèmes complexes et voir une grande variété de projets. Transmettre ses connaissances ce qui, on le sait, est la meilleure façon de consolider ses propres compétences.

Bien sûr, rien n’est jamais parfait. Zenika a « aussi » affaire à des clients qui ne valorisent pas l’informatique et qui cherchent juste à externaliser un coût. Et en interne, la tentation est toujours grande de placer un collaborateur sur une mission pépère où il facturera de façon fiable sur le long terme pour assurer les résultats de l’entreprise.

Changez de regard sur le service

On peut attendre que les grands dirigeants changent de regard sur l’informatique en se contentant de dire du mal des « marchands de viande » et des DSI (représentant du rapport à l’informatique chez nos clients). Mais je pense que les acteurs de l’informatique qui souhaitent que ça change peuvent également participer à ce changement.

Changez de regard sur le service. Arrêtez de croire que seule la caricature de la société de services existe.

Et surtout, au lieu de fuir cet univers en décrétant qu’il est pourri. Allez-y ou restez-y et « pratiquez-le » de la façon dont vous pensez qu’il devrait l’être. Si votre boite ne le permet pas, changez là, si ce n’est pas possible, changez-en. Mais pas lâchement en allant chercher un éditeur chez lequel vous vous ennuierez.

Le « vrai » service existe, il peut vous combler tant techniquement que financièrement.

C’est un bel objectif qui mérite qu’on se batte pour lui.

 

Merci à Antoine Caron et Laetitia Bonanni.

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A propos de l'auteur

Matthieu Lux est développeur, formateur et responsable de l'offre Web au sein de l'agence lyonnaise de Zenika. Après une solide expérience dans le monde Java, il se focalise aujourd'hui sur le monde du Web et du JavaScript. Plus précisément, ses technologies de prédilection sont Angular, Gulp, Yeoman, Node et React.

2 commentaires

  1. Merci pour cet article !

    J’ajouterais que ce constat d’entreprise qui ne considère pas les consultants à leur juste valeur (sans même parler de l’informatique à sa juste valeur) n’est pas que Français !

    Après une 10aine d’année d’expérience (entre startup et pme) en France je tente l’aventure Canadienne : Je suis au Canada depuis 6 mois, arrivé dans une société de service, et au bout de 6 mois je la quitte pour rejoindre une pme… le client chez qui j’étais m’a vraiment dégoûté de cette expérience en société de service…

  2. Stéphane Barloy on

    Cet article fait part de sentiments généraux vécus dans le monde des sociétés de services, qui tout « marchands de viande » qu’ils sont, ont des relations privilégiées avec les grands donneurs d’ordres, et captent la majeur partie des gros projets, alors que bien souvent la DSI chez les clients n’a aucun pouvoir. Elle est assujettie à la gestion d’un budget et éventuellement d’équipes internes (mais de moins en moins souvent), d’ailleurs on prend même des managers de transition pour remplacer des DSI maintenant, personnellement je ne comprends pas cette stratégie du court-terme, si ce n’est qu’elle est purement financière, donc avec peu d’intérêt professionnellement parlant, quant au résultat attendu issu d’un travail dévalorisé… Je vois mal les vies assujetties à des robots comme dans Matrix ! Une société peuplée de robots et d’IA implique une changement de paradigme sociétal.

    L’autre aspect est que le développeur de génie est aussi un créateur de solution qui devrait, s’il est vraiment un génie, créer sa propre boite pour vendre sa solution et la pérenniser or combien y en a-t’il dans les faits ? Aucune solution mathématique gérée par ordinateur n’a éradiqué la faim dans le monde que je sache ! Aucune solution informatique pour dépolluer les océans, Aucune solution informatique ne donne du travail pour se sentir utile ?
    J’ai souvent vu des développeurs agir sur injonction, et faire les choses, même celles qui mènent droit dans le mur, parce que leur parole est dévalorisée et on leur demande de faire ce qu’on leur dit de faire; un point c’est tout ! Qui écoute ses subalternes ? Tout ceux qui paient cherchent à éviter des coûts supplémentaires et comme le temps parait-il c’est de l’argent…

    En direction de projet dans les systèmes d’informations depuis plus de 15 ans, et notamment sur des projets très complexes comme les ERP ou viennent s’impacter l’ignorance, les décisions politiques, économiques et relatives à la gestion humaine, j’ai constaté qu’il fallait cadrer intelligemment les développeurs dans la mesure du possible, sinon ils peuvent bâtir une usine à gaz comme Chorus par exemple (y aurait-il eu un mauvais découpage de lots ou hiérarchique ???). Cela fonctionne si l’on a la hiérarchie réelle, ce qui n’est pas souvent le cas dans les découpages structurels imposés par des Dirigeants ou de responsables qui pour mieux contrôler, imposent des structures dont la hiérarchie est avant-tout une structuration de responsabilité financière qui n’a pas toujours la compétence et surtout dont l’écoute est faible, car seul l’objectif envisagé compte. Heureusement de nouveaux modèles de sociétés où tout le monde fonctionne comme un électron libre ramené à ses responsabilités professionnelles ont émergé récemment, car s’il s’agit de contribuer, il s’agit également de recueillir les fruits de son travail ou d’un travail collectif et non l’accaparement par quelques élites qui ne partagent pas grand chose. C’est ce que certaines Startup ont tenté de réaliser.

    L’informatique est un outil au service des Hommes et avec les Datacenters hébergeant parfois plus que des petaflops de données, seuls des robots sont capables d’extraire ce qui nous est utile à des fins commerciales et d’optimisation. Aujourd’hui nous nous dirigeons vers un monde de l’interconnexion entre les êtres, ce qui est bien, dans la mesure où nous sommes encore libres de choisir avec qui être connecté, ce qui est mal lorsqu’on nous impose un diktat numérique juste pour faire comme la majorité soumise aux intérêts des plus puissants. Mais dans l’inégalité que provoque justement la compétition, les échanges commerciaux et les politiques, tout le monde n’a pas accès à cette boule magique qu’est un ordinateur connecté au monde. Tout le monde n’a pas les moyens suffisants d’existence et sont donc à milles lieux de comprendre l’intérêt de l’informatique qui ne remplit pas leur assiette quotidienne. Allez dire aux aveugles de voir…comme Marie-Antoinette évoquant la brioche aux affamés !

    Par delà l’évolution technologique, c’est l’évolution Humaine de nos sociétés qui prédominent. Il faut simplement en prendre conscience et bâtir des réseaux neuronaux bienveillants plus qu’une consommation avide qui ne mène qu’à notre propre extinction. Nos consciences n’ont pas besoin des sciences pour discerner ce qui est bon, à chacun de jouer de cet instrument de façon altruiste et nous surferons sur l’informatique comme nous avons su nous soulever de terre pour voler.

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