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Travailler avec une personne autiste

Travailler avec une personne autiste

Travailler avec une personne autiste par Alex Palma Développeuse Front End

Dans le cadre professionnel, vous pourriez avoir à collaborer avec une personne autiste. L’autisme, ou trouble du spectre autistique (TSA), touche environ 1% de la population. Il inclut une grande diversité de profils. Dans cet article, il sera question de l’autisme sans déficience intellectuelle, autrefois appelé “syndrome d’Asperger”, ou “autisme de haut niveau”. 

Si votre collègue vous annonce sa spécificité, c’est pour faciliter la communication et limiter les incompréhensions mutuelles. C’est aussi une preuve de sa confiance en vous. Comment réagir ? Quelles sont les spécificités qui caractérisent le TSA ? Comment adapter sa communication pour une meilleure collaboration ? Comment adapter l’environnement pour aider au mieux une personne autiste ? Comment parler d’elle ? 

Je vous partage mon point de vue d’autiste, qui ne sera pas universel, mais qui vous propose des pistes de compréhension et d’ouverture à l’autre.

Comment réagir ?

Vous pouvez poser des questions à votre collègue sur ses spécificités, pour mieux les comprendre et lui signaler que ce sujet n’est pas tabou. Ce n’est qu’en vous intéressant sincèrement à cette personne que vous pourrez découvrir son fonctionnement. Une personne autiste n’a aucun problème à expliquer son autisme, si on le lui demande. Si vous êtes suffisamment à l’aise pour en parler librement, vous serez probablement identifié(e) comme une personne alliée.

Vous pouvez aussi lui demander comment vous pouvez l’aider au mieux pour que votre collaboration soit efficace, pour qu’elle exprime ses propres besoins, qui sont différents selon les personnes. L’autisme est un spectre, il ne se manifeste pas de la même manière pour tout le monde. 

Néanmoins, il y a des choses que nous entendons très souvent lorsque nous parlons d’autisme, et qui ne sont pas de bonnes manières de réagir. En voici trois à éviter absolument, au risque de perdre la confiance que votre collègue vous a témoigné : 

  1. “Tu n’as pas l’air autiste”. 

Qu’est-ce que c’est, “avoir l’air autiste”? Il n’y a aucun marqueur physique de l’autisme. Si pour vous cela sonne comme un compliment (on aurait l’air “normal”), pour nous, c’est plutôt une insulte qui renie la réalité de nos difficultés, de notre identité, et qui démontre de surcroît de profonds stéréotypes sur l’autisme. 

Vous ne le voyez pas parce que vous ne connaissez pas bien cette partie du spectre autistique, et que la personne fait des efforts monumentaux pour s’adapter à vous. Entre autistes, on se repère au contraire assez facilement !

  1. “On est tous un peu autistes”.

J’entends dans cette tournure de phrase toute la sympathie de la personne qui ne sait pas comment réagir et essaie de faire comprendre qu’elle ne fera pas de différence. Mais c’est une erreur. Nous sommes autistes, ou nous ne le sommes pas. Encore une fois, ce genre de réaction revient à nier les difficultés rencontrées par les personnes autistes et à minimiser l’impact que cette spécificité peut avoir sur notre vie. Et de ce point de vue, c’est nettement moins sympathique, vous en conviendrez !

  1. Remettre en question son diagnostic

Si quelqu’un vous annonçait un cancer ou une dépression, lui demanderiez-vous de prouver son diagnostic ? J’espère que non… Il s’agit d’une information médicale confidentielle, qui ne vous concerne pas.

Rassurez-vous, personne n’a envie de se coller ce genre d’étiquette pour le fun. Au-delà du parcours diagnostic qui est long et difficile, il faut souvent un certain temps pour intégrer et accepter le fait d’être autiste. Cela implique de revoir l’entièreté de son existence, à la lumière de cette nouvelle information, avec ce nouveau filtre, et l’impression de ne pas savoir qui on est réellement. C’est particulièrement éprouvant. Il est assez violent de voir tout ce parcours remis en question par une personne qui ne connaît pas bien l’autisme (car c’est souvent la cause de cette remarque, “tu parles, tu me regardes, tu as de l’humour, donc tu ne peux pas être autiste”).

Il est possible que ce soit la première fois que votre collègue ose en parler, et c’est un cap difficile à passer. Devoir se justifier à ce moment-là ne va vraiment pas l’aider à s’assumer et cesser de masquer socialement son autisme, bien au contraire…

Quelles sont les spécificités liées au TSA ?

Il y a des autistes avec une déficience intellectuelle, mais aussi des autistes HPI. Il y a des autistes non verbaux, mais aussi des autistes qui parlent beaucoup trop… Il y a aussi tout ce qui existe entre les deux extrêmes du spectre autistique. Toutes ces formes, bien que très différentes, sont pourtant de l’autisme. 

Par ailleurs, notre situation sur le spectre n’est pas figée. Elle évolue en fonction de notre état émotionnel, de notre énergie, de l’environnement, et des périodes de nos vies. On peut être capable de communiquer normalement à l’instant T, et devenir soudainement non verbal(e) en cas de stress ou de fatigue intense, par exemple. Ou avoir été mutique enfant, et devenir un moulin à parole à l’âge adulte. Un traumatisme peut aussi nous propulser subitement dans une autre partie du spectre. Les régressions existent et ne sont pas rares.

Il est fréquent de rencontrer des profils “multi-exceptionnels”, c’est-à-dire qu’ils cumulent plusieurs neuroatypies telles qu’un HPI, un TDAH, des troubles DYS avec un TSA… Ces doubles ou triples étiquettes rendent les manifestations de l’autisme très différentes selon les profils. Le TSA se manifeste aussi différemment selon qu’on soit un homme ou une femme. Il n’y a donc pas une seule manière d’être autiste mais une multitude de diversité dans le spectre.  

Les conseils dispensés ici sont généraux et basés sur ma propre expérience. Ils ne vont évidemment pas concerner tous les autistes, c’est pourquoi il est important d’en parler directement avec la personne pour comprendre son profil et ses besoins.

Cela étant dit, on retrouve fréquemment les spécificités suivantes dans les TSA, qui peuvent impacter le domaine professionnel (liste non exhaustive) :

Il existe aussi des comorbidités au TSA qui sont relativement fréquentes, comme le TDAH, les DYS ou encore le SED (syndrome d’Ehlers Danlos), qui est une maladie génétique invalidante et douloureuse, souvent (mais pas toujours) invisible ou intermittente en fonction des crises.

Comment adapter sa communication ?

Maintenant que vous connaissez un petit peu mieux les TSA, vous allez pouvoir adapter votre communication pour que la collaboration avec votre collègue autiste se passe bien. Avant toute chose, gardez en tête que vous ne serez pas seul(e) à vous adapter. La personne autiste se suradapte constamment au monde des allistes. Communiquer avec vous lui coûte beaucoup d’énergie pour comprendre les codes, les règles de l’équipe, du groupe, et de chaque personne.

Il est donc relativement juste que de votre côté, vous fassiez un pas vers elle et que vous preniez en charge une partie de l’adaptation à l’autre pour qu’elle n’ai plus à la gérer seule. Si chacun fait la moitié du chemin vers l’autre, la relation est plus équilibrée, n’est-ce-pas ?

Pour cela, vous pouvez : 

Comment adapter l’environnement ?

Si vous en avez la possibilité, adapter l’environnement peut vraiment faciliter la vie d’une personne autiste :

Comment parler de votre collègue autiste ?

Certaines personnes affirment haut et fort qu’il faut parler des “personnes avec autisme” ou des “personnes porteuses d’autisme”. Ces personnes ne sont probablement pas autistes et parlent à notre place. Autiste n’est pas une insulte, cela fait partie de notre identité, de notre personnalité, de notre culture.

Je suis autiste, c’est mon neurotype, ce n’est pas quelque chose de négatif. C’est simplement quelque chose de différent de la norme. Ce n’est un trouble que parce que la société est conçue pour un neurotype différent, qui est majoritaire.

Si vous doutez de cette manière de s’exprimer, écoutez la personne et notez les mots qu’elle utilise pour parler d’elle. Utilisez simplement les mêmes. Vous pouvez aussi lui demander comment elle souhaite qu’on la définisse. Ce genre de question est toujours bienvenu, car cela démontre votre intérêt sincère et votre respect.

Vous savez désormais comment lier des ponts entre le monde autiste et le monde alliste. Merci de chercher à comprendre et à vous adapter, tout le monde ne prend pas la peine de le faire. Partagez cet article avec le reste de votre équipe, si chaque personne fait un pas vers l’autre, nul doute que la collaboration apportera du positif à tout le monde !

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