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Accessibilité numérique : faire d’une pierre deux coups

L’accessibilité numérique est le droit fondamental de toute personne d’accéder à l’information et aux fonctionnalités du numérique, quel que soit son handicap, connexion internet, ou appareil. Je suis Quentin, développeur front-end, et ma relation avec l’accessibilité a commencé comme pour beaucoup d’entre nous : lorsqu’on m’a mis le nez dedans. Celle-ci se compose de diverses expériences, depuis 3 positions, et sur 3 aspects : 

  • le rôle de développeur : correction et amélioration de sites non-accessibles, d’un point de vue technique
  • le rôle de leader technique : prise de décision fonctionnelles puis techniques au service de l’accessibilité
  • le rôle de consultant : réalisation d’audits d’accessibilité

3 positions, 3 points de vue, 1 objectif : que le web d’aujourd’hui ne laisse personne sur le bord de la route. À présent, je ne peux plus concevoir une application sans en considérer l’aspect accessible, ma conscience et une envie irrépressible de me rendre utile s’en assurent. 

Ici, nous ne parlerons pas tant de loi (on est pas là pour se mettre la pression n’est ce pas ?) si ce n’est dans la phrase suivante. Car oui, il y a des lois, visant à rendre obligatoire les différents critères de succès énumérés dans les 10 commandements de l’accessibilité : le Web Content Accessibility Guidelines (WCAG). À noter que certains pays ont ajouté leur couche, via des normes. Au Québec par exemple, c’est le standard SGQRI-008 qui est en vigueur. Bref, loin de moi l’envie de vous instiller une peur de passer devant un magistrat, il y a de bien meilleures raisons de désirer un web accessible, dont une en tête de liste : l’égalité. 

Pour ceux qui douteraient encore de la pertinence du sujet, je vous propose un exercice : réalisez un parcours utilisateur classique. Facile n’est-ce pas ? Maintenant, bandez vous les yeux et essayez de reproduire ce parcours. Il est fort probable que celui-ci soit semé d’embûches.

Réglons nos comptes

L’abus de chiffres est dangereux pour la santé. Cependant, certains n’en sont pas moins révélateurs. Nous sommes 5,4 milliards d’internautes dans le monde. Parmi nous, 600 millions de personnes, soit 11%, présentent la nécessité d’un web accessible, majoritairement pour cause de handicap, mais aussi parfois, une connexion internet trop faible, ou un appareil “obsolète” . À l’échelle du Québec, cela représenterait près d’1 million d’utilisateurs. 

La société  se numérise à une vitesse exponentielle, et pas besoin de lire dans les entrailles d’un poulet pour savoir que cela ne devrait pas ralentir dans les jours qui viennent. Au Québec par exemple, environ 10% des achats de détails* se font déjà en ligne. Sans parler des indispensables de la vie quotidienne qui s’exportent petit à petit sur la toile : déclaration d’impôt, prise de rendez-vous, etc. 

Pourtant, lorsqu’on examine un peu le web, le constat est sans appel : on estime que 97% des sites dans le monde présentent des défauts d’accessibilité. Et le Canada francophone n’échappe pas à la règle. Deux tiers des sites gouvernementaux, de santé et services sociaux, plus de 80% de ceux des établissements culturels et plus de 90 % de ceux des commerces en ligne sont considérés comme non adaptés aux personnes malvoyantes.** Quid du projet de loi C-81 du 20 juin 2018, visant à “faire du Canada un pays exempt d’obstacles” ? Oui, nous en sommes encore loin. Engagement souverainiste ? Je ne pense pas. Comme ailleurs, l’accessibilité numérique n’a pas encore suffisamment trouvé sa place au Québec, et ce, malgré une législation existante et une avance évidente, sur d’autres pays, en termes d’inclusivité.

En termes d’effort …

L’accessibilité d’un site web se joue principalement sur trois niveaux : la contribution (la publication de contenu sur un site web ou une application), la conception graphique et le développement technique.  

La première fois qu’un développeur tombe sur une liste de tickets d’accessibilité, il pleure. Puis il se calme et entre dans le vif du sujet : vider cette liste. Et là, surprise, c’est certe un peu répétitif, mais ce n’est vraiment pas difficile. Quelques attributs à compléter, un peu d’organisation logique dans la structure ( éventuellement quelques hacks, après tout qui n’a jamais plié ce bon vieux HTML à ses besoins ? ), quelques retouches de peinture, le tour est joué.

Et je caricature à peine.

Quand il s’agit de guider le développeur via une recommandation fonctionnelle, et bien…. c’est encore plus simple, vos deux principaux alliés étant à la portée de tout le monde : du bon sens, et un peu d’empathie. 

Ce texte ne répond pas au critère sur le contraste ? La recommandation : changer la couleur ou le fond du texte pour en augmenter la visibilité. Et pour le développeur, un simple coup de pinceau.  

Ça, c’est si vous êtes déjà dans la résolution de problèmes.

Prenons maintenant le cas où vous démarrez la conception d’une application, ou que vous voulez maintenir une application accessible sur le long terme.

Et bien encore une fois, pas de difficulté particulière, si ce n’est celle de se coordonner. Alors, c’est le marketing, le design et le développement qui rentrent dans un bar… et se réunissent autour d’une table. Objet de la réunion : quelles bonnes pratiques de contribution mettre en place, et comment les traduire graphiquement puis techniquement. Je ne vais pas  vous faire croire que c’est gratuit, l’accessibilité est un peu chronophage, et le temps c’est de l’argent. Mais avec l’habitude, son appétit reste franchement raisonnable. 

Pour illustrer : vous êtes à la supervision d’une équipe dédiée à la création d’un site web pour un client qui vend des places de concert. Le client vous l’a bien fait comprendre : on est en 2024, c’est fini les bêtises, ce site sera accessible, c’est presque politique, et en plus on risque des mésaventures avec la justice, et d’ailleurs on a déjà eu un rappel à l’ordre, on leur a promis une nouveau site avant la fin de l’année civile. Prenons l’exemple de la publication d’un article de blog avec une image. Sujet : un concert des Rolling Stones. Vous savez pertinemment que l’accessibilité d’un site web se joue principalement sur trois niveaux. Vous allez voir les acteurs concernés pour les investir chacun d’une mission : 

  • Le contributeur devra associer à votre image, un texte alternatif qui décrit l’image, clair et complet. Ex: « Photographie d’un concert des Rolling Stones. » il devra faire attention au titre aussi, les titres sont importants en accessibilité, plus ils sont explicites, et plus vous marquerez de points
  • le designer lui, aura d’autres points d’attention : lisibilité du texte, et autres ajustements graphiques nécessaire
  • le développeur, finalement, va implémenter tout ça, avec les balises HTML appropriées, sans oublier le l’attribut alt (texte alternatif) de l’image bien entendu

Les plus attentifs d’entre nous auront remarqué le mot-clé “concert” présent dans le texte alternatif de l’image. Sur un site qui vend des places de concert. Le saviez-vous ? Les “petits robots” de Google, chargés de vous référencer, s’intéressent aussi bien à la partie invisible de votre site, qu’à la partie visible.

Faire d’une pierre deux coups

Nous voila arrivé à ce qui nous fait sortir du lit le matin, ce qui décide de tout, le nerf de la guerre : l’argent. A-t-on encore vraiment besoin de faire un lien entre chiffre d’affaires et référencement ? Faisons plutôt le lien entre référencement et accessibilité. Avoir un site web accessible c’est se donner la possibilité de travailler sur ses mots-clés, se faire  propulser par Google, et enfin, par la force des choses, ouvrir son site à un public plus large. Souvenons nous, 10% des utilisateurs nécessitent un web accessible. Qui a le luxe de se passer de 10% de son audience ? En ces temps de crise, sans caricature aucune, quelle société équipée d’un site e-commerce par exemple, est en capacité de s’asseoir sur 10% du chiffre d’affaires du dit site ? De plus, l’accessibilité sait aussi se mettre au service de votre image, tous sauront apprécier la pierre apportée à l’édifice d’un monde plus inclusif.

D’ailleurs, je n’oublierai pas de vous faire savoir que rendre son site web accessible, ça caresse parfois un peu l’ego. Cette même petite satisfaction que lorsque, à l’épicerie, vous achetez l’alternative éco-responsable d’un produit du quotidien. Cette légèreté que vous ressentez après avoir offert votre aide. Ça fait du bien de se rendre utile, de savoir qu’on fait un effort pour les autres, pour une, ou plusieurs personnes. Lorsque vous testerez votre site, et que chacun y trouvera sa place, vous pouvez me croire, vous serez fiers.

Et vous aurez investi dans votre visibilité et votre image.

Pour rappel, 3% des sites web seraient conçus pour tous.

Vous qui cherchez chaque jour un biai pour vous différencier, je vous en offre un sur un plateau : l’accessibilité.

*Hors industrie automobile et carburants, calcul effectué sur la base du compte-rendu gouvernemental sur les chiffres d’affaire par domaine de vente au détail

**Selon le quotidien québécois Le Devoir

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