Le mécénat de compétences, on se lance ?
Dans notre travail quotidien, il nous arrive souvent de travailler pour un client qui n’est pas forcément en accord avec nos valeurs personnelles, ou sur une mission longue qui ne nous permet pas de sortir de notre zone de confort. Et cela amène certaines personnes à se questionner sur le choix de leur carrière.
Comment pourrais-je donner plus de sens à mon métier ? A mon travail quotidien ?
C’est ici que le mécénat de compétences peut aider à relier ces deux chemins. C’est du temps, durant les horaires de travail, pendant lequel on peut aider une association à travers une mission plus ou moins longue en lien avec nos compétences professionnelles.
Aujourd’hui, découvrons comment Laetitia Diverchy et Cyril Renault ont vécu leurs expériences auprès d’associations dans le cadre d’un mécénat de compétence, savoir ce que ça leur a apporté.
Et on espère que cet article motivera plus de personnes à réaliser une mission de mécénat.
Qui est Laëtitia Diverchy ?
- Docteure en physique
- Reconversion dans l’informatique en 2017
- Consultante DevOps chez Zenika depuis novembre 2018
Qui est Cyril Renault ?
- Graphiste et créateur depuis près de 25 ans
- Consultant designer en innovation chez Zenika depuis Juin 2016
Première mission et pourquoi y être allé ?
Laetitia – Je suis passée par une association pour trouver du travail, et je voulais rendre la pareille. J’en ai parlé à mon DT et il m’a parlé de Vendredi. J’ai trouvé l’en-tête lilloise de l’asso FACE qui permet d’accompagner des femmes, et comme dans mon parcours pro j’ai été affecté par les sujets femmes-hommes, j’ai pris contact avec l’association sur la plateforme Vendredi. J’y ai posé ma candidature et l’asso est revenue vers moi par mail. Comme il manque toujours de bénévoles, ils étaient contents que je les contacte. Et maintenant ça fait plusieurs années que j’interviens dans des collèges avec cette association. On s’organise ensemble pour trouver des dates et après l’association crée les missions dans Vendredi pour moi.
Cyril – J’ai trouvé ça très malin, notamment quand on a du temps disponible pour permettre à des associations qui n’ont pas les moyens de financer le travail d’expert, designer dans mon cas. C’est un vrai atout pour ces assos. Moi j’ai travaillé pour deux associations que j’ai découvertes sur Vendredi, et ma première mission c’était pour une toute petite association qui s’appelle 2400 sourires qui crée un village à Madagascar pour accueillir des enfants. Je les ai accompagnés jusqu’à ce qu’ils lèvent des fonds. J’ai commencé par travailler avec le fondateur sur la création de flyers pour la sensibilisation, puis en échangeant au fil de l’eau on a trouvé d’autres actions, comme la création de support de communication et une vidéo, ce que je fais rarement en mission.
Effectivement, j’ai vu Laetitia, que tu faisais des missions pour FACE depuis longtemps, j’ai donc creusé pour voir ce qu’ils proposaient dans la globalité, parce que nous recherchons une association qui permette de travailler sur l’insertion professionnelle. Nous l’avons sélectionné dans la liste des associations auxquelles Zenika donnera 200€ en complément de la prime de cooptation. Ça sera le petit geste corpo pour l’association. D’ailleurs que pourrais-tu dire aux personnes qui pourront faire ce choix de don pour que cette somme aille à FACE ?
Laetitia – C’est une association assez diverse et qui travaille notamment sur la parité homme-femme qui est un sujet toujours d’actualité. Et il y a encore du chemin à faire, voire travailler pour conserver les acquis actuels et ne pas revenir en arrière. Ce qui rendrait notre secteur d’activité professionnel moins attrayant pour les femmes.
Pouvez-vous nous détailler les missions que vous avez réalisées
Laetitia – J’accompagne des collégiennes de 4e et 3e sous forme de mentorat sur une année, par session de quelques heures par mois. Je commence par présenter mon métier et après je les accompagne dans la définition de leur parcours après le collège. Je suis intervenue également dans un événement organisé par FACE pour fournir des modèles féminins aux collégiennes dans les domaines de la science et du numérique. J’ai donc présenté mon métier.
Cyril – J’ai également travaillé sur une période longue avec une association qui aide à l’insertion des migrants. Il y a eu aussi quelques petites missions d’un jour par-ci par-là, mais je ne m’en rappelle plus autant. Là je suis engagé avec l’association EcoTerre qui a besoin de redesigner son site web.
Tout à fait, faire du mécénat peut permettre de prendre l’air de ses missions quotidiennes.
Cyril – Voilà, on a tous des missions pour des entreprises qui n’ont pas forcément nos valeurs, c’est le jeu des ESN, et donc pouvoir prendre du temps à côté pour donner un peu plus de sens à notre expertise c’est agréable. En plus, le mécénat de compétence étant défiscalisé, quand on réalise une mission, et encore plus en période d’intercontrat on aide l’entreprise à être rentable. C’est bien d’avoir ça en tête.
Est-ce qu’il y a un moment dans une de vos missions qui vous reste en tête ?
Laetitia – Cela arrive souvent que les collégiennes que j’accompagne me disent qu’elles ne peuvent pas le faire, parce qu’on leur dit qu’elles ne peuvent pas. Je trouve ça énervant ! Il y a une ou deux jeunes filles à qui ont fait comprendre qu’elles devraient rester sur des métiers plus accessibles à des femmes. Ces remarques viennent de la famille, ce qui peut être dur à entendre. Il y a encore des progrès pour casser les freins sociaux.
Cyril – Tu rentres en immersion dans la réalité des associations, tu partages un peu leurs problématiques quotidiennes. Tu t’ouvres un peu à ce qui se passe dans le monde.
Que diriez-vous à une personne qui se pose la question de faire le premier pas vers le mécénat de compétences ?
Laetitia – D’abord, je pense qu’il est important de pouvoir aider autrui, et quelquefois parler avec quelqu’un qui a besoin d’aide, c’est déjà beaucoup. Ensuite, j’apprécie de pouvoir le faire durant mon temps de travail, je préviens simplement mon client que je ne suis pas disponible tel jour ; comme il est déjà au courant qu’il y a des jours où nous sommes chez Zenika, en formation ou autre. Et les rares fois où j’en ai parlé, mon client ou mes collègues d’autres entreprises me répondaient souvent ne pas être au courant de ce type d’action et se demandaient si leur entreprise le faisait aussi.
Cyril – Ce qui est intéressant c’est que tu sors de ta mission pour faire autre chose, prendre une autre posture. J’en profite pour tester des choses que l’on ne peut pas encore faire avec un client. C’est un terrain de jeu constructif pour nous et l’association.
Ce que je trouve important également c’est d’avoir la capacité de s’engager jusqu’au bout de la mission. Ça ne veut pas dire être disponible en permanence tous les jours, ça peut être une activité en dent de scie. C’est à voir avec l’association et ses disponibilités. En tout cas, c’est un contrat que l’on passe avec eux, ne pas les laisser en plan. Il est donc important avant de commencer une mission de s’assurer de ses disponibilités pour que les associations puissent réellement y gagner et que les missions issues de Vendredi restent qualitatives.
Laetitia, dans tes missions tu sembles plus travailler sur tes compétences soft skills. Que penses-tu de ce que dit Cyril ?
Laetitia – De base, je ne suis pas très à l’aise pour parler en public, donc on peut dire ça. Avec mes interventions il faut que j’y aille.
Cyril – En plus quand tu es en mission pour une association, tu travailles avec des personnes d’autres entreprises et tu découvres d’autres façons de faire, d’expliquer les choses. C’est très instructif. Et ça te crée un réseau alternatif, je pense notamment à une association avec comme mission l’émancipation des femmes. Cette association était composée uniquement de femmes haut placées dans les entreprises ou créatrices de leur entreprise. Ça ouvre de nouvelles portes.
Une dernière question, est-ce que réaliser ce genre d’action vous a fait évoluer en tant que citoyen et citoyenne ?
Laetitia – Ça me permet de relativiser et de pouvoir expliquer de façon plus concrète à mes enfants la chance de vivre dans le cadre social dans lequel ils évoluent. A côté, ce qui me touche, c’est la lenteur d’évolution des mentalités.
Cyril – Je pense notamment à la façon d’agir dans le monde, tu peux donner de l’argent, faire du bénévolat. Et tu peux aussi participer en tant que professionnel. Je trouve que c’est bien pour ton équilibre personnel aussi, ça t’enrichit. Tu es un peu plus humble, modeste, tu changes aussi un peu tes réflexes.
Laetitia – Tu as vraiment l’impression d’aider des gens.
Cyril – Tu donnes ton expertise à des associations des richesses d’expertise auxquelles l’accès serait compliqué ou coûteux.
Merci à vous deux pour cet échange.
Le mécénat de compétence est un outil puissant pour aider les associations à réaliser des projets qu’elles ne peuvent pas toujours se permettre financièrement. Pour les personnes les accompagnant c’est une opportunité d’apprendre, de partager et de rendre à la communauté dans le contexte protégé de l’entreprise. Chez Zenika nous avons fait le choix d’utiliser la plateforme Vendredi pour trouver des missions et faciliter la partie administrative. Et nous espérons pouvoir continuer cette démarche longtemps et pourquoi pas l’élargir avec plus de personnes, sur des plus gros projets, etc.

