L’accessibilité numérique des entreprises
Nous sommes en France en 2024, et je constate dans mon environnement professionnel une forme d’effervescence autour de la question de l’accessibilité numérique. Étant un fervent pratiquant de la mise en œuvre de solutions d’accessibilité numérique depuis près de 20 ans, je ne peux que m’en réjouir. Ceci dit, ne nous cachons pas que ce soudain intérêt pour le sujet est le résultat d’un contexte juridique qui s’est largement durci depuis près de 5 ans.
Tout à vraiment commencé avec la publication en 2019 du décret d’application de la loi de 2005 (« pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées »), amendé en 2016 (« pour une République numérique ») et 2018 (« pour la liberté de choisir son avenir professionnel »). Ces textes imposent à tous les organismes publiques et aux grandes sociétés (plus de 250 m€ de CA) de proposer des services numériques accessibles. L’Europe n’est pas en reste avec deux directives en 2016 (Directive 2016/2102 relative à l’accessibilité des sites internet et des applications mobiles des organismes du secteur public) et 2019 (Directive 2019/882 relative aux exigences en matière d’accessibilité applicables aux produits et services). Si la directive de 2016 est l’équivalent de la loi française de 2005, la directive de 2019 généralise l’obligation d’accessibilité à toutes les entreprises proposant des services et produits numériques… directive qui entrera définitivement en application à partir de Juin 2025. Ainsi, à moins que vous ne soyez une TPE, il ne vous reste que 6 mois pour vous mettre en conformité !
Tu m’étonnes que tout le monde panique. 🙄
Alors oui, ce cadre légal est bienvenu et les personnes en situation de handicap ont toutes les raisons de s’en réjouir… mais je ne peux pas m’empêcher de trouver cela un peu dommage. Oui, c’est dommage que les entreprises aient besoin d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête pour se saisir du sujet. Si l’accessibilité numérique est une nécessité pour les personnes en situation de handicap, c’est aussi utile pour tout le monde. Un service numérique plus facile à lire, à comprendre, à manipuler, à explorer, à utiliser… automatiquement ça a un impact positif sur vos utilisateurs et donc sur la qualité perçue et réelle de votre service qui va se traduire par des ventes, des parts de marché, des résultats financiers meilleurs. C’est évident, mais extrêmement difficile à mesurer concrètement. Très bien, prenons acte, la carotte n’était pas assez visible, mais le bâton, lui, est là et bien là.
Alors, on fait quoi ? 🤔
Je ne vais pas vous détailler ici la mise en place d’une démarche d’accessibilité numérique. Si vous souhaitez creuser la question, je vous renvoie à un article que j’ai écrit sur le sujet en 2019 sur le blog de Zenika. Souvenez vous juste que cette démarche se résume en quatre points :
- Sensibilisez toutes les personnes de votre entreprise à la question du handicap (qui touche tout le monde à un moment ou à un autre de la vie).
- Formez tous les participants à la création de vos services numériques à la création de services numériques accessibles (si vous vous posez la question, on fait ça chez Zenika).
- Outillez votre chaîne de valeur pour détecter et résoudre les problèmes d’accessibilité numérique (il n’y a pas d’outil magique prêt à l’emploi, mais des solutions à étudier selon votre contexte),
- Industrialisez vos pratiques et processus en incluant systématiquement la prise en compte de l’accessibilité (pas que numérique en l’occurrence)
La démarche est simple à résumer, mais pas si simple à mettre en œuvre. Il s’agit souvent d’optimisations et de transformations assez profondes pour les entreprises qui ne s’en sont jamais souciées. Du fait de la pression légale que l’on a détaillée ci-avant, tout le monde essaye de trouver le plus court chemin vers LA solution qui les mettra à l’abri des foudres de la loi. Bon, ben ça, ça ne marche pas vraiment mais ça met bien le bazar dans les projets.
Keep Calm And Carry On. 😎
S’il y a un écart abyssal entre la loi de 2005 et son décret d’application de 2019 qui en a fait rager plus d’un (Quoi ?! 14 ans !), cela a permis de peaufiner les conditions de mise en conformité des services numériques. En particulier, le gouvernement français, par l’intermédiaire de la DINUM, à mis à notre disposition un référentiel d’évaluation de l’accessibilité, le RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité). Il s’agit ni plus ni moins que de la méthode d’évaluation à appliquer pour savoir si votre service numérique est accessible. Une fois que vous connaissez l’état de votre service numériques, il ne vous reste plus qu’à vous conformer à la loi en trois actions simples:
- Affichez la conformité de votre service numérique sur le service lui même (oui, ça pique un peu quand on est « Non Conforme »)
- Publiez un plan pluriannuel (sur trois ans maximum) détaillant comment vous prévoyez de vous mettre en conformité
- Donnez un moyen de contact pour que les personnes qui éprouvent des difficulté à utiliser votre service puisse être aidé et accompagné
Tout cela est clairement détaillé sur le site Internet du RGAA. Et si malgré tout, cela vous paraît encore difficile à mettre en œuvre, n’hésitez pas à venir nous voir, Zenika se fera un plaisir de vous accompagner dans vos démarches d’accessibilité numérique.
Finalement, ce n’est pas si compliqué. 🥳
Jérémie Patonnier – Architect Front End, Expert Accessibilité

