Devenir Product Owner : l’importance des softs skills

À la question “Que veux-tu faire quand tu seras grand ?”, on a tous connu un enfant qui répondait : “Product Owner”. Euh.. non !?
Non, pas du tout et c’est normal. C’est un JNI (job non identifié) et très sincèrement, il est assez difficile d’expliquer en deux mots ce que ce rôle signifie, ce qui ne contribue pas à faciliter sa promotion.
Alors dans ce contexte, qui sont les Product Owner (PO) ? D’où viennent-ils, quelles sont leurs expertises mais également quels sont les softs skills qui leur ont permis d’être PO ?

Product Owner, le mouton à 5 pattes

Le Product Owner est un rôle qui apparaît initialement dans Scrum. Il est donc présent en principe dans des organisations agiles

Selon Scrum.org : il est responsable de la maximisation de la valeur du produit, résultant d’un travail de l’équipe Scrum. Et la façon dont il travaille dépendra largement du type d’organisation, des équipes Scrum et des individus avec lesquels il exercera.

 “[He] is accountable for maximizing the value of the product resulting from the work of the Scrum Team. How this is done may vary widely across organizations, Scrum Teams, and individuals.”

Pour développer ce principe, le Product Owner doit maîtriser le produit (connaissance et compréhension du domaine, du marché, des utilisateurs, capacité à construire une solution adaptée et innovante…) pour savoir en tirer le maximum de valeur, et sait travailler en équipe (esprit de collaboration, co-construction et partage de la vision aussi bien auprès des dev que des stakeholders) avec les autres rôles de Scrum (connaissance de Scrum et maîtrise de ses rituels et outils).

Par ailleurs, tout ce qui est énoncé jusque-là peut être largement adapté, selon le contexte.
Hum, à la fois ça fait sens et en même temps ça devient complexe si tout dépend à chaque fois du contexte.. 

En résumé le PO est une référence sur son produit, un partenaire de travail idéal au sein de l’équipe scrum, et un jedi ceinture noire en Scrum et ses outils de product ownership (la gestion du backlog et la gestion de priorisation de la valeur par exemple).

Dans les faits, cette personne n’existe quasiment pas sur une fiche de poste et les Product Owners sont souvent spécialisés, initialement, sur l’une des trois facettes énoncées précédemment : l’expertise produit, l’expertise agile, l’expertise des outils et méthodologies de travail.

Les Product Owners, ces gens parfois atypiques

Il n’est pas rare d’apprendre que le Product Owner, avant d’avoir été PO, a eu une autre vie.

Pour la connaissance du produit nous voyons assez régulièrement des personnes du marketing endosser ce rôle. Mais le lien avec le produit peut être encore plus direct lorsque ce sont des anciens professionnels du métier qui viennent travailler sur le produit : des anciens journalistes travaillant pour des sites de médias, des anciens directeurs d’établissement de santé travaillant pour des sites de gestion des établissements etc.
Ces personnes deviennent Product Owner car elles ont une vraie connaissance approfondie du domaine, des utilisateurs, ou du marché associé à celui-ci.

Une autre passerelle vers le rôle de PO est d’avoir expérimenté un autre “rôle” dans l’équipe agile.
En effet, une équipe agile, au sens de Scrum en particulier, sera une équipe composée d’individus avec des rôles différents (les dev, le PO, le Scrum Master…). C’est notamment pour cette raison que nous parlons du “rôle” de Product Owner plutôt que du “métier” de Product Owner.
C’est ainsi, qu’à force de travailler en étroite collaboration quotidienne avec un PO et profitant de sa disponibilité pour devenir son padawan, un dev, un Scrum Master ou encore un testeur (liste non exhaustive) se formera et deviendra lui-même à son tour PO. En commençant, par exemple, par un entraînement avec des prises de fonction lorsque le PO “officiel” part en vacances. 

Le point fort de ces personnes sera donc essentiellement d’avoir déjà travaillé dans un contexte agile, de bien connaître l’organisation, les différents rôles et interactions et d’incarner l’état d’esprit et les pratiques qui accompagnent l’agilité.

Enfin, sur des parcours légèrement plus traditionnels, le PO peut être un ancien chef de projet qui s’est laissé éblouir par le monde merveilleux de l’agilité.

Dans la fiche de poste ils avaient écrit : chef de projet / product owner ..

Dans la même lignée, des étudiants auront suivi, la plupart du temps, un parcours en gestion de projet informatique et auront enchaîné avec un stage qui leur aura mis le pied à l’étrier.
Ces personnes peuvent potentiellement être plus à l’aise sur la partie de gestion de projet : construire une roadmap, identifier les dépendances, les risques, les coûts etc. 

Mais recruter quelqu’un car il maîtrise la rédaction du besoin fonctionnel ou parce qu’il est un expert en marketing est très risqué. Il est important de s’assurer que la personne saura monter facilement en compétence sur les autres facettes du rôle.
Car un expert métier peut très bien connaître le produit mais ne pas savoir tenir un backlog.
Un expert de gestion de projet peut, par exemple, plus se concentrer sur le fait de “délivrer dans les temps” mais se montrer tyrannique envers les équipes.
Enfin, un agiliste pourrait être à l’aise dans la collaboration avec les autres rôles mais oublier de chercher à maximiser la valeur du produit. 

Certes, on peut chercher dès le recrutement la personne qui maîtrise absolument toutes les facettes du rôle. Mais comme le rôle est assez récent et demande un peu d’expérience, il s’avère que le profil complet peut être difficile à trouver. Alors l’entreprise doit miser sur l’un de ces profils et accepter le risque que la personne ait encore des progrès à faire sur les autres axes.

Mais comment bien mesurer ce risque et s’assurer que la personne choisie saura monter en compétence sur l’ensemble des exigences de son rôle ? 

La réponse se résume ici : en misant sur les soft skills, épicentre du véritable rôle de Product Owner.

Au-delà des connaissances théoriques, l’importance fondamentale des soft skills

On observe dans les profils ci-dessus que les personnes sont devenues PO parce qu’elles avaient une compétence spécifique sur l’un des axes énoncés précédemment. Or la connaissance théorique est quelque chose qui peut s’acquérir plutôt rapidement. Même si cela demande de l’entraînement, vous aurez intégré en quelques jours les bases pour gérer un backlog par exemple.
Mais il manque un élément essentiel pour que les personnes deviennent de bons PO : leur incarnation des valeurs agiles et des soft skills adaptés à la mission. 

Quand on décrit le rôle du PO on utilise souvent l’image du chef d’orchestre. D’accord un chef d’orchestre doit savoir lire une partition et savoir donner des indications à chacun des musiciens. Mais qu’est-ce qui lui permet de faire le lien entre tous les instruments ? Quelle est sa vraie valeur ajoutée ? Je pense que tout réside dans sa capacité à savoir identifier la vraie harmonie face aux notes jouées par l’ensemble des musiciens et sa capacité à valoriser celles-ci. 

Dans la même lignée, une personne qui sait organiser des réunions ne sait pas pour autant fédérer. Or on attend du PO qu’il sache fédérer. Il doit réussir à créer un contexte de travail favorable à chacune des personnes, pour favoriser l’émergence d’une intelligence collective et d’un travail global, orienté vers le besoin de l’utilisateur.

Parmis une liste non exhaustive et non classée de soft skills attendus / espérés auprès des PO on peut retrouver notamment : 

  • la diplomatie
  • la bienveillance
  • la rigueur
  • la capacité à négocier 
  • la capacité à apporter du cadre
  • la pédagogie
  • l’empathie
  • le leadership pour embarquer les personnes dans l’aventure
  • la capacité à dire non, mais aussi à écouter, dialoguer, proposer, se remettre en question…

Attention, ici je n’ai pas noté l’expertise en documentation ou la capacité à bien rédiger. Et c’est voulu. 

J’ai trop souvent vu des personnes en reconversion se réfugier vers la rédaction de spécifications pour essayer de “bien faire” son travail tout en gardant les développeurs à distance.

Ce n’est pas un rôle dans lequel il faut craindre les autres. Il faut aller le plus souvent au contact et privilégier les interactions.
C’est d’ailleurs la première des valeurs du manifeste agile : “Les individus et les intéractions plus que les processus et les outils.”

“Individuals and interactions over processes and tools.” 

En ce sens, le PO s’intègre à l’équipe de développement et les développeurs sont ses coéquipiers.
Contrairement à ce qu’on trouve parfois sur internet, le PO n’est pas un “super chef de projet”. Il n’a aucune autorité sur le reste de l’équipe dans laquelle il travaille. C’est par son rôle, son leadership et la vision qu’il embarquera ses collègues vers un produit qualitatif pour les stakeholders et l’utilisateur final.

Et si je veux moi-même devenir PO ?

Au final, lorsque quelqu’un me demande comment devenir PO, je finis souvent par répondre : 

“ Tu peux passer la certification PSPO pour avoir un minimum de bagages théoriques et rassurer les recruteurs, mais tu n’obtiendras probablement pas facilement un poste simplement en envoyant ton CV. Il faut que tu trouves un moyen de mettre en avant tes softs skills.”

Donc si vous, qui lisez cet article, êtes concernés par une recherche de premier emploi de PO : essayez de vous faire connaître par vos pairs. Peu importe votre métier du moment, tentez de vous rapprocher des PO de votre boîte s’il y en a, pour qu’ils vous prennent sous votre aile. S’il n’y en a pas, tentez de vous entourer de PO et autres métiers apparentés par d’autres moyens : les meetups par exemple ? 

Il n’est pas toujours possible pour une entreprise de recruter un PO junior malgré son gros potentiel et ses softs skills, mais ne vous découragez pas et investissez les autres rôles en attendant, si vous le pouvez et en avez l’appétence (connaissance produit, agilité, dev…) ! Peut-être qu’au final c’est vous qui créerez le poste là où vous travaillez déjà ? 

Au final, soyez persévérants et essayez de vous faire connaître. Vous ne décrocherez peut-être pas un poste sur une parution classique d’offre d’emploi, avec d’autres PO en lice qui auront plus d’expérience que vous. En revanche, si on vous connaît et qu’on vous fait confiance (PO ou non) on pensera à vous le jour où l’entreprise ouvrira un poste. 

En cette période de nouvelle année il ne me reste donc plus qu’à vous souhaiter, patience, persévérance, softskillance (!?) et rencontres professionnelles !

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