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6 (mauvaises) raisons de ne pas devenir speakeuse

Petit aparté avant de commencer, cet article est écrit au féminin, mais il peut tout aussi bien s’adresser aux hommes. Ne vous sentez donc pas exclus Messieurs, mais profitez-en pour vous demander ce que cela vous fait ressentir de lire un article écrit exclusivement au féminin. Vous sentez-vous inclus? Concerné? Mis à l’écart ? Légitime de commenter ou au contraire, plutôt pas? En tant que femmes, nous évoluons dans un monde où le masculin l’emporte sur le féminin, alors permettez-moi pour une fois de bousculer un peu ces codes.

La scène des conférences tech manque cruellement de speakeuses, c’est un fait.

Pourquoi ? Probablement parce que nous ne représentons qu’une infime partie des effectifs (autour de 30% suivant les domaines d’expertise), mais aussi parce que nous ne nous sentons pas toujours légitime à prendre la parole. Entre préjugés inconscients, stéréotypes de genre, peur de l’échec et syndrome de l’imposture, ce n’est pas facile de se lancer dans un univers qui semble déjà bien installé, et de s’intégrer dans la communauté des speakeuses sans avoir de mentores pour nous guider.

Je vous propose donc ici de décortiquer 6 objections (intérieures) qui vous mettent des bâtons dans les roues malgré votre envie de partager. En somme, voici un mode d’emploi pour libérer votre parole !

Alors, aimeriez vous devenir speakeuse ? Oui, mais…

1. Je ne me sens pas légitime

Et pourtant, vous l’êtes ! Nous le sommes toutes, à partir du moment où nous parlons de notre propre expérience. Lorsque nous nous exprimons en conférence, nous parlons de ce que nous connaissons, de ce que nous avons vécu, de ce que nous avons expérimenté ou encore d’un sujet qui nous intéresse et sur lequel nous avons fait de la veille. En écrivant notre talk, nous serons aussi montées en compétences, parce que nous aurons très probablement vérifié scrupuleusement chaque information, creusé notre sujet à fond pour nous assurer de la cohérence de nos propos.

En outre, la légitimité est assez subjective : elle est influencée par des normes et des attentes externes. Êtes-vous bien certaine que ce que vous ressentez comme un manque de légitimité soit une évaluation objective de vos compétences ? Ou est-ce simplement votre juge intérieur, assez intransigeant, qui essaie de vous dissuader de sortir de votre zone de confort ? 👀

Pour gagner en confiance et vous sentir moins seule dans votre cheminement, vous pouvez rejoindre un collectif associatif. Dans la tech, il existe plusieurs collectifs en mixité choisie pour s’entraider entre femmes et personnes non binaires, comme les Duchess (France) ou Ladies of Code (Paris).

La diversité des voix est essentielle, et elle manque vraiment dans les conférences techniques. Il ne s’agit pas uniquement de genre, mais aussi d’expérience, de parcours et de perspective ! Vous pourriez par exemple apporter des éclairages qui seraient négligés par d’autres, parce que votre vision des choses est différente de la leur. Même si le sujet a déjà été traité par d’autres personnes, votre voix ajoute de la valeur parce qu’elle apporte une nouvelle dimension, un nouveau regard, un angle différent. 

Que vous parliez du dernier framework JS à la mode ou de ce que le quidditch vous a apporté dans votre vie pro, tout ce que vous avez envie de partager peut servir à quelqu’un d’autre. Il existe toutes sortes de conférences, des plus techniques aux plus créatives, voire complètement hors sujet, et pourtant toujours très enrichissantes. Bien que je sois développeuse, je peux vous assurer que mes préférées ne sont pas forcément les plus techniques !

2. Je ne suis pas experte 

C’était ma première objection lorsqu’on m’a suggéré de faire un talk… à laquelle on m’a répondu qu’il y a toujours une personne plus experte que nous, quel que soit le sujet. Ça ne doit pas nous empêcher de prendre la parole !

Pour faire une conférence, il n’est absolument pas nécessaire d’être une experte. La légitimité à prendre la parole est portée par la volonté d’apprendre, de partager et de grandir. Pas par l’expertise. Il y aura toujours une personne plus experte, mais aussi une personne qui l’est moins que vous et à qui vous pouvez apporter quelque chose. Et c’est justement pour ces personnes-là (qui sont beaucoup plus nombreuses que les expertes !) qu’il est important de partager.

Donc vous allez peut-être parler à des expertes en cloud, mais si vous leur parlez de CSS, alors elles seront beaucoup moins expertes que vous sur ce sujet précis !

L’important pour contrer cette objection intérieure, c’est la posture. Dites-vous que vous n’y allez pas en vous prétendant experte. Vous y allez en tant que vous-même, à votre niveau, et vous allez parler de votre expérience. Rien ni personne ne peut contredire votre expérience, elle est parfaitement légitime et n’a pas prétention à être une vérité absolue.

3. Je n’ai rien à dire 

Mais… attendez une minute… ne serait-ce pas le syndrome de la page blanche appliquée aux conférencières ? Cette objection est sans doute celle que j’ai le plus entendue (dans ma propre tête, mais aussi dans la bouche de mes consoeurs), et elle me semble assez liée au sentiment de manque de légitimité.

Et pourtant, vous avez tellement de choses à dire ! L’important n’est pas tant l’originalité du sujet que votre vision de celui-ci. J’insiste, mais c’est dans votre perspective que se trouve la valeur de votre conférence !

Quelques idées en vrac pour vous faire prendre conscience que vous avez énormément de choses à dire. Vous pouvez par exemple : 

  • répondre aux questions fréquemment posées dans votre spécialité
  • raconter votre parcours d’apprentissage d’un sujet
  • raconter une histoire, un cas d’étude
  • faire un retour d’expérience sur un problème technique que vous avez rencontré
  • explorer vos expériences professionnelles, vos réussites mais aussi (surtout) vos échecs (qui sont très enrichissants !)
  • partager votre veille sur un sujet d’actualité
  • vulgariser un concept complexe de votre spécialité
  • animer un atelier, si vous êtes plus à l’aise avec la pratique
  • vous exprimer sur un sujet qui vous touche particulièrement ou qui vous révolte…

La liste n’est pas exhaustive ! Ce qui se cache derrière cette objection, ce n’est pas vraiment le manque de sujet. C’est surtout l’impression (erronée) qu’ils ne sont pas intéressants.

Si vous doutez de l’intérêt de ce que vous voulez partager, vous pouvez le soumettre à vos collègues pour avoir leur avis. Elles vous apporteront probablement de précieux conseils, et vous pourriez même être surprise de voir que votre sujet les intéresse beaucoup !

4. Je ne suis jamais sélectionnée

Vous avez déjà essayé de soumettre à un CFP (call for papers) et vous avez été recalée… Si vous n’avez eu aucun conseil pour l’aborder, c’est tout à fait normal ! 

Il y a quelques étapes à franchir avant de soumettre votre talk dans une conférence nationale : il faut avoir un portfolio et quelques références. Ces évènements sont payants pour le public, les équipes organisatrices doivent s’assurer que les speakeuses sauront assurer leur talk le jour J, et c’est normal.

Pour cela, vous avez plusieurs options : 

  1. commencer par des évènements internes à votre entreprise : cela vous permettra d’expérimenter dans un environnement bienveillant, avec des personnes que vous connaissez et qui seront là pour vous aider à progresser sans jugement.
  1. présenter votre talk dans des meetups locaux. Les meetups sont des soirées de conférences autour d’un apéritif (vous pouvez trouver les nôtres sur le site Meetup). Vous aurez un public plus large, des retours pertinents et assez représentatifs de ce que vous pourrez avoir sur les conférences nationales. Les meetups étant gratuits, ils sont beaucoup plus faciles d’accès pour les débutantes, et ils sont souvent à la recherche de plus de diversité. Il n’est pas rare que les speakeuses expérimentées “rodent” leur conférence en interne et sur les meetups avant de la soumettre aux plus gros événements.
  1. animer un talk avec une autre personne qui a déjà de l’expérience, pour avoir plus de chances d’être sélectionnées. C’est le cheatcode pour atterrir au DevFest sans avoir de portfolio ! Un talk en duo vous donnera plus d’assurance, car votre binôme pourra rattraper les petits dérapages éventuels. Elle pourra aussi vous donner de précieux conseils pour vous améliorer, et vous aider à déstresser ! Vous aurez ensuite une référence de poids pour vos prochains CFP.

Il y a aussi des règles tacites pour remplir les CFP, que je n’ai découvertes qu’après avoir échangé avec des personnes organisatrices de ces évènements. 

Parmi ces règles, en voici deux qui me semblent être les plus importantes et qui ont changé ma manière de soumettre une conférence :

  1. Plus vous vous y prenez tôt, mieux c’est : les CFP sont pris d’assaut les derniers jours de leur ouverture, et aussi impliquées que soient les équipes organisatrices, elles ne peuvent pas lire avec autant d’attention les 400 talks soumis les 3 derniers jours que les quelques-uns qui ont été soumis dans les semaines précédentes. Aussi, pour mettre toutes les chances de son côté, il faut soumettre son talk le plus tôt possible. Il aura ainsi toute l’attention des personnes qui font la sélection.
  1. Fournir un abstract, oui mais pas seulement… Dans les notes additionnelles, il est très utile de rajouter tout ce qui permettra de bien comprendre l’objet du talk : un lien vers les slides, le plan de la présentation, le point de vue, la cible. Expliquez comment vous allez présenter les choses : est-ce un atelier, une conférence interactive ? Vous pouvez aussi ajouter vos références si vous en avez, avec des liens vers les replays par exemple. Tout ce qui pourra montrer comment vous êtes devant un public est bénéfique pour rassurer sur votre capacité à gérer votre stress et assurer votre talk le jour J. 

5. J’ai peur de parler en public 

C’est la plus grande peur des êtres humains, vous n’êtes donc pas seule face à cette angoisse paralysante ! J’étais aussi dans ce cas-là, et commencer petit, en interne, avec mes collègues en qui j’ai toute confiance m’a beaucoup aidée à dépasser cette peur (les cours de théâtre d’impro aussi, il faut l’admettre !).

En se focalisant sur le message et pas sur sa nervosité, on peut la dépasser plus facilement. Pourquoi faites-vous un talk, que voulez-vous transmettre, quel est votre message ? Vous concentrer sur votre “pourquoi” vous donnera l’énergie de dépasser votre peur.

Il existe autant de manières de gérer le trac que de speakeuses. Je vous donne la mienne, qui n’est pas forcément la meilleure (mais qui me convient) : la préparation quasi militaire 🫡

Je prépare énormément mon talk. “Énormément” est un euphémisme. J’ai besoin de tout contrôler et d’écrire mon texte à la virgule près, je ne suis pas très à l’aise avec les imprévus. Je répète des dizaines de fois, jusqu’à ne plus buter sur aucun mot, et je m’enregistre pour retravailler les parties qui me semblent améliorables. J’estime être prête lorsque toute ma famille connaît aussi mon talk par coeur (pour m’avoir entendue répéter encore et encore) 😀

La préparation passe par la création de mes slides, que je conçois comme des aides visuelles : elles me guident et donnent le rythme de la conférence, elles illustrent mon propos mais contiennent très peu de texte. Une slide illustre un seul sujet, ce qui facilite la mémorisation de ce que je veux dire sur ce sujet précis.

Je m’aide également avec des repères visuels dans mes notes. Je ne peux pas lire mon texte (ce ne serait pas agréable pour l’auditoire) alors je mets en avant les mots clefs en les mettant en gras, et je ne lis que ces mots-là lorsque je présente. Si je perds le fil de mes pensées, un petit coup d’œil à mes notes et je retrouve mes mots clefs pour me relancer.

Certaines vous diront qu’il ne faut pas écrire son texte. C’est une méthode qui ne me convient pas pour l’instant, mais que vous pourriez préférer. L’important, c’est d’être à l’aise, nous sommes toutes différentes, donc il est tout à fait normal que nos méthodes ne soient pas toutes les mêmes. Faites-vous confiance ! Si vous n’avez pas besoin d’écrire votre texte, c’est parfait. Et si vous en ressentez le besoin, c’est parfait aussi.

Une fois devant votre audience, entrer en interaction avec elle est un bon moyen de dédramatiser. Avant que le talk ne commence, parler avec les gens du premier rang permet de créer un lien. Ils deviennent des alliés rassurants pour toute la durée de la conférence.

Poser des questions au début de votre conférence pour les faire réagir (il s’agit souvent de lever la main) aide aussi à réduire la distance perçue et permet de rendre ce moment moins intimidant. Vous pouvez d’ailleurs simplement dire que vous êtes stressée, vous avez tout à fait le droit de l’être. L’exprimer crée de l’empathie dans le public, beaucoup n’osent pas faire ce que vous faites !

Acceptez d’avoir le trac. C’est quelque chose de naturel, que vous pouvez transformer en énergie motrice. Pour ma part, je fais systématiquement une session de cohérence cardiaque avant de parler en public, et ça m’aide énormément à gérer mon stress.

Je pratique également les power poses que Amy Cuddy explique dans son TED talk absolument génial : Your body language may shape who you are | Amy Cuddy | TED

Autre ressource, l’excellente conférence “Créativité immédiate” de Nabla Leviste (TEDx Montrouge) m’a beaucoup aidée à déstresser et à apprendre à gérer mon “suricate intérieur” :  Créativité immédiate : l’importance de se dé-tendre | Nabla Leviste | TEDxMontrouge

6. Je ne sais pas par où commencer 

La première étape est de choisir votre sujet, puis de préparer votre talk. Pour vos slides, de très nombreux outils existent, du plus sobre au plus créatif. J’aime beaucoup Canva qui me donne la possibilité de créer librement ce que j’ai dans la tête, avec beaucoup de contenu intégré, ce qui m’évite les allers et retours avec les banques d’images (c’est un énorme gain de temps !). Google Slides peut tout à fait faire le job également. Si vous voulez quelque chose de plus technique, Reveal.js est une valeur sûre !

Ma méthode (encore une fois, une parmi d’autres) : 

  • j’ouvre un Notion et note tout ce qui me vient sur mon sujet, ce dont j’ai envie de parler. J’y reviens plusieurs fois, sur plusieurs jours.
  • sur cette période, je fais aussi une veille (beaucoup trop) passionnée sur mon sujet, et je rassemble énormément d’articles, de vidéos, de contenus qui m’intéressent dans mon Notion.
  • lorsque j’ai une idée plus claire de ce dont je veux parler, j’écris un petit plan de mon talk
  • je crée les slides, en me basant sur mon plan
  • lorsque j’ai toute ma présentation visuelle et que l’enchaînement me semble cohérent, j’écris mon texte. 

Je note toutes mes idées de talks dans mon Notion, et je crée une page de veille pour chacun. Même si je ne travaille pas activement sur l’un d’eux, j’y note tout ce que je croise sur le sujet et que je trouve intéressant. Ainsi, j’ai un stock d’idées avec un certain nombre de ressources déjà prêtes si nécessaire.

Une fois que vous avez votre contenu, c’est l’heure de solliciter vos collègues pour une session d’entraînement ! Prenez note des retours et ajustez ce qui vous a semblé moins fluide, ou moins pertinent. 

Vous pouvez ensuite soumettre au CFP d’un meetup local, ou les solliciter directement si vous savez qui contacter. On trouve un certain nombre de meetups sur Conference Hall et Sessionize auxquels vous pourrez soumettre votre talk. 

Un dernier conseil pour la route : n’hésitez pas à aller parler avec les speakeuses après leur conférence, et à leur dire que vous préparez une conférence vous aussi. Vous pourrez avoir de précieux conseils et retours d’expérience ! 

Et si vous voulez être accompagnée dans cette démarche, surveillez la sortie de la prochaine Women Developer Academy de Google. Il s’agit d’un programme d’accompagnement avec des conférences et des mentor·es dédié·es pour vous aider à vous lancer en tant que speakeuse. Intense, mais passionnant et très enrichissant !

Maintenant que vous n’avez plus aucune raison de ne pas vous lancer, j’espère pouvoir assister bientôt à votre conférence !

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